mardi 22 mai 2018

80 km/h : l’absence de concertation nuit à la sécurité routière

Le gouvernement a décidé, à la suite du Comité interministériel de la sécurité routière du 9 janvier 2018, un abaissement, effectif à compter du 1er juillet 2018, de la vitesse autorisée à 80 km/h sur l’ensemble des routes secondaires à double sens sans séparateur de voies.
L’Etat s’est engagé à faire un bilan de cette expérimentation en 2020 et à l’adapter en fonction des résultats obtenus. Notre majorité soutient sans réserve l’objectif de diminuer le nombre d’accidents, de blessés et de morts, encore trop nombreux sur les routes françaises.
Mais nous sommes en droit de douter que cette décision, qui aurait mérité une concertation avec les principaux gestionnaires de routes secondaires que sont les Départements, permettra vraiment d’atteindre cet objectif.
En effet, les résultats de l’expérimentation de la limitation de la vitesse lancée par le gouvernement en 2015 sur trois tronçons considérés comme accidentogènes n’ont pas permis d’établir un lien de cause à effet entre la diminution de la vitesse autorisée de 10 km/h et la baisse de la mortalité routière mais seulement de constater une baisse de la vitesse moyenne des usagers.
En outre, si on s’intéresse aux mesures prises dans d’autres pays, on constate que la mortalité n’est pas forcément liée à la question de la vitesse. En Allemagne, alors que celle-ci est limitée à 100 km/h sur le réseau secondaire, le taux de mortalité est largement inférieur au taux français (39 morts par million d’habitants, contre 54 en France). Au Danemark, l’expérimentation sur deux ans d’une hausse de la vitesse autorisée de 80 à 90 km sur une partie du réseau s’est accompagnée d’une baisse de la mortalité routière de respectivement 11% et 13% (37 morts par million d’habitants).
Bien plus qu’une baisse généralisée, et donc imparfaite, l’adaptation de la vitesse à la configuration des routes et des carrefours, nous semble une mesure bien plus utile. Les aménagements routiers, permettant une meilleure sécurité, sont un autre axe d’action pour lequel le Département a voté 26,3 millions d’euros de crédits routiers depuis 2015, permettant de sécuriser 73 sites. Cet effort, associé à des actions pédagogiques fortes dans nos collèges pour sensibiliser les élèves aux dangers de la route, se poursuivra sans relâche. Car c’est bien le comportement des conducteurs, en particulier ceux qui conduisent sous l’emprise d’alcool et de stupéfiants, qui doit faire l’objet d’une attention prioritaire.
Le gouvernement serait bien inspiré de ne pas faire de l’abaissement de la vitesse à 80 km/h une question de posture, sous peine de laisser penser que le principal objectif de cette mesure est de multiplier les amendes pour de petits excès de vitesse, conduisant ainsi les conducteurs à rejeter les mesures de sécurité routière dans leur ensemble.

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